AccueilBrèves scientifiquesPopulationsJFN 2024 – TCA et situations particulières

JFN 2024 – TCA et situations particulières

Brèves scientifiques
Publié le 27/01/2025
Modifié le 30/01/2025
Modifié le 30/01/2025
Temps de lecture : 7 minutes
CreditPhoto: DavisShared

Plusieurs conférences des Journées Francophones de Nutrition 2024 (JFN 2024) ont traité du thème des troubles du comportement alimentaire (TCA). En particulier, la problématique des TCA pendant la grossesse et celle des TCA après chirurgie bariatrique ont été examinées.

TCA et grossesse

Najate Achamrah (Rouen) met tout d’abord en lumière la forte hausse des prévalences de TCA suite à la crise du Covid, quel que soit le type de TCA. Elle en profite pour faire un rappel de la définition des principaux TCA :

  • L’hyperphagie boulimique est caractérisée par des épisodes récurrents d’hyperphagie sans comportement compensatoire de purge (vomissement) ; elle entraîne une prise de poids et le plus souvent un surpoids ou une obésité.
  • La boulimie se caractérise aussi par des crises d’hyperphagie qui sont, cette fois, associées à des comportements compensatoires de purge.
  • L’anorexie mentale se caractérise par une restriction de l’apport énergétique et un état de dénutrition, souvent associé à un déni de la maladie et à une perturbation de l’image corporelle.

La chercheuse met en lumière le fait qu’il n’y a pas de frontière précise entre les différents TCA ; il est en effet tout à fait possible pour un même patient de passer d’un TCA à un autre.

Najate Achamrah souligne le fait que la présence de TCA pendant la grossesse est loin d’être anecdotique : selon la littérature scientifique récente, entre 5 et 10 % des grossesses se déroulent en présence d’un TCA. La grossesse est souvent synonyme d’aggravation des symptômes des TCA, en raison des changements physiques, hormonaux, émotionnels ou encore sociaux associés à cette période de la vie. Cependant, pour certaines patientes, la grossesse est parfois au contraire une période d’amélioration des symptômes, par intérêt porté pour la santé de l’enfant à naître. La chercheuse précise néanmoins que cette amélioration n’est le plus souvent que transitoire.

Les TCA pendant la grossesse sont fréquemment sous-diagnostiqués, en particulier en raison du fait qu’il existe souvent un chevauchement entre les symptômes des TCA et ceux habituellement observés pendant une grossesse. Najate Achamrah cite en particulier les symptômes suivants qui peuvent être liés soit à la grossesse, soit à un TCA :

  • les nausées et vomissements ;
  • l’insatisfaction corporelle parfois associée à une dysmorphophobie ;
  • les symptômes digestifs tels que le reflux gastro-œsophagien et les ballonnements ;
  • les troubles de l’humeur ;
  • les variations pondérales ;
  • la sélectivité alimentaire ;
  • ou encore la modification de l’appétit.

L’enjeu de faire le diagnostic de TCA est pourtant majeur, tant pour la mère que pour l’enfant à naître. En effet, la présence d’un TCA chez la mère a été associée à l’augmentation des risques :

  • d’hyperémèse gravidique (nausées très sévères associées à des vomissements excessifs), d’anémie et d’hémorragie chez la mère ;
  • de microcéphalie, de prématurité et de retard de croissance intra-utérin chez l’enfant.

Les données d’une large étude de cohorte récente mettent aussi en avant des risques augmentés de troubles de l’humeur, de l’anxiété, de troubles du sommeil et de troubles du spectre autistique chez les enfants de mères présentant un TCA.

La chercheuse recommande de faire une recherche de TCA chez les femmes enceintes dans les situations suivantes :

  • lorsqu’ elles présentent un IMC bas et/ou lorsque la prise de poids liée à la grossesse est insuffisante ;
  • en cas d’inquiétude de la mère liée à la prise de poids et aux transformations corporelles, en l’absence de surpoids ;
  • en cas d’ hyperémèse gravidique ;
  • quand elles développent des troubles anxieux ou une dépression ;
  • ou en cas de carences nutritionnelles.

Pour réaliser le diagnostic de TCA, Najate Achamrah recommande d’utiliser le questionnaire SCOFF-F, constituée de cinq questions spécifiques, même si cet outil n’a pas été spécifiquement validé dans la population des femmes enceintes. Elle signale également le développement d’un nouvel outil destiné aux femmes enceintes : le PEBS (Prenatal Eating Behaviour Screening tool), pour l’instant uniquement disponible en langue anglaise.

Concernant la prise en charge des TCA pendant la grossesse, même s’il n’existe pas de recommandations officielles, la chercheuse propose :

  • un suivi multidisciplinaire du TCA (prise en charge nutritionnelle + prise en charge des comorbidités psychiatriques + activité physique adaptée) ;
  • un suivi gynéco-obstétrical puis pédiatrique ;
  • et enfin un suivi de la relation mère-enfant par une sage-femme puis un infirmier de la petite enfance et, en cas de besoin, un pédopsychiatre. En effet, de nombreux travaux montrent des troubles de l’attachement ainsi que des allaitements plus difficiles chez les patientes avec TCA.

Pour conclure, Najate Achamrah insiste sur l’importance de la prise en compte des TCA pendant la grossesse et sur la nécessité de former les professionnels de santé en périnatalité au repérage des TCA chez la femme enceinte.

TCA après chirurgie bariatrique

Coralie Gaspard (Nancy) fait le point, quant à elle, sur les liens entre la chirurgie bariatrique et les TCA. Elle souligne le fait que la reprise ou l’apparition de TCA après une chirurgie bariatrique est un phénomène relativement fréquent. Si de nombreux patients améliorent leurs comportements alimentaires et leur qualité de vie après une telle intervention, une proportion notable développe ou retrouve des TCA, parfois même plus graves qu’avant l’opération. Les études récentes rapportent des prévalences de TCA après chirurgie bariatrique s’élevant entre 10 et 40 %.

La chercheuse met en lumière les différents types de facteurs de risques de développement d’un TCA post-chirurgie bariatrique :

1. Les facteurs préexistants :

  • Antécédents de TCA : chez les patients candidats à la chirurgie bariatrique, les prévalences de TCA sont très élevées : 30 à 50 % d’hyperphagies boulimiques, 15 à 30 % de comportements alimentaires compulsifs, 5 à 10 % de boulimie, 10 à 20 % d’orthorexie et 1 à 5 % d’anorexie.
  • Les troubles psychiatriques : Coralie Gaspard souligne le fait que les patients présentant une obésité sévère sont plus vulnérables sur le plan psychique que la population de poids normal et que la chirurgie bariatrique va avoir un fort retentissement sur le corps et l’image du corps à travers l’amaigrissement, sur les capacités relationnelles du patient, ainsi que sur la gestion du stress et des émotions. Le plus souvent, les troubles psychiques sont préalables au TCA et à l’obésité, aussi, s’ils ne sont pas pris en compte, le risque de reprise pondérale et de bascule addictive après la chirurgie est élevé.
  • Les troubles de l’image corporelle
  • Le stress psychologique et le faible soutien social

2. Les facteurs liés à l’intervention :

  • La perte de poids rapide
  • Le type de chirurgie (restrictive ou malabsorptive)
  • Les modifications hormonales post-chirurgicales

3. Les facteurs post-opératoires

  • Le manque de suivi psychologique post-opératoire
  • Un échec d’adaptation aux nouvelles habitudes alimentaires

La chercheuse ajoute que les TCA post-chirurgie bariatrique peuvent souvent réapparaître suite à un événement de vie négatif (séparation, deuil, maladie, période de chômage, etc.) qui relance le mécanisme de « béquille alimentaire » et de prise de poids.

Coralie Gaspard met en avant le fait qu’il est parfois difficile de différencier les comportements adaptatifs attendus après la chirurgie bariatrique, des comportements pathologiques. Ces comportements adaptatifs, non pathologiques, après chirurgie sont :

  • la restriction de l’apport alimentaire lié à la réduction de la taille de l’estomac et parfois à la modification des sécrétions hormonales : les patients ne peuvent alors consommer que des petites quantités de nourriture par repas (fractionnement alimentaire) ;
  • la modification du comportement de mastication : après la chirurgie, la mastication doit être intensifiée et les patients doivent souvent manger lentement et éviter les bouchées trop grosses ;
  • les altérations des préférences alimentaires : certains patients peuvent signaler après l’opération des préférences pour des aliments à faible densité énergétique ou encore un dégoût des aliments trop sucrés.

Pour conclure, Coralie Gaspard recommande une prise en charge précoce des TCA durant le parcours de chirurgie bariatrique, comprenant une évaluation psychologique ou psychiatrique, ainsi qu’un suivi investi pour travailler sur les causes (traumatismes, gestion des émotions) et un accompagnement diététique adapté. Elle insiste sur le fait que le suivi multidisciplinaire est un élément clé pour prévenir les récidives ou l’aggravation des TCA après la chirurgie.

Sessions JFN et Partenaire aux Journées Francophones de la Nutrition à Strasbourg, 4 et 5 décembre 2024.