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Alimentation aux Antilles françaises : mieux manger à moindre coût

Brèves scientifiques
Publié le 24/02/2025
Publié le 24/02/2025
Temps de lecture : 2 minutes
CreditPhoto: Lombi

Selon une étude réalisant des modèles alimentaires optimisés théoriques, certaines modifications dans les comportements alimentaires des personnes vivant en Guadeloupe et Martinique pourraient permettre l’atteinte des recommandations nutritionnelles, sans surcoût, voire même avec une réduction du budget dédié à l’alimentation.

En 2015, aux Antilles françaises, 6 adultes sur 10 étaient en surpoids et 1 sur 4 était en situation d’obésité. Le diabète et l’hypertension sont aussi des pathologies beaucoup plus prévalentes en Guadeloupe et en Martinique, comparativement à la France métropolitaine. Les données alimentaires les plus récentes, concernant ces deux départements d’outre-mer, sont issues de l’étude Kannari, représentative de cette population et réalisée en 2013-2014. Cette dernière montre en particulier des consommations basses de fruits, de légumes et de produits laitiers. Dans ces départements, les prix des aliments sont aussi particulièrement élevés : en moyenne 30 % supérieurs à ceux constatés en France métropolitaine.

Basée sur les données de consommations de plus de 1000 personnes âgées de plus de 16 ans, issues de l’enquête Kannari, une nouvelle étude examine les possibilités d’optimiser nutritionnellement ces comportements alimentaires, en prenant en compte différentes contraintes budgétaires[1]. Concrètement, les auteurs ont réalisé des modèles alimentaires théoriques, optimisés et individualisés, s’écartant le moins possible des comportements observés, de façon à ce que les principales recommandations nutritionnelles soient respectées (énergie, macronutriments, acides gras, vitamines, minéraux, sucres libres et fibres). Plusieurs modèles optimisés ont été réalisés :

1. sans contrainte économique. Dans cette situation, il a été possible de respecter l’ensemble des recommandations nutritionnelles dans les modèles optimisés, sans trop s’écarter de la diète observée, pour 99 % de la population. Ces modèles entraînent une hausse de coût théorique moyenne de 20 %, pour 74 % des participants.

2. de façon à ce que le budget du modèle optimisé ne dépasse pas le budget de la diète observée. Avec cette contrainte, l’optimisation a été possible pour 98 % des participants. En moyenne, les modèles proposent une hausse de la consommation de :

  • fruits (+ 80 g/jour en moyenne),
  • légumes (+ 86 g/j),
  • féculents non raffinés (+ 127 g/j),
  • produits laitiers (+ 72 g/j), en particulier de lait,
  • œufs (+ 20 g/j),
  • graisses végétales (+ 13 g/j).

Ces augmentations s’accompagnent de baisses pour les catégories alimentaires suivantes :

  • boissons sucrées (- 91 g/j),
  • céréales raffinées (- 70 g/j),
  • produits sucrés (- 34 g/j),
  • viande (- 12 g/j),
  • poisson (- 36 g/j)[2].

3. avec une baisse de 30 % du budget alimentaire. Dans ce cas, la faisabilité de l’optimisation a légèrement baissé à hauteur de 93 %. Les directions des modifications proposées par les modèles sont globalement les mêmes, mais des variations sont observées dans les amplitudes de ces changements : augmentation moindre pour les légumes, hausse accrue pour les produits laitiers et diminution plus marquée pour la viande.

Les auteurs précisent que l’amplitude de ces changements est plus importante parmi les populations les plus jeunes (moins de 30 ans). Ceci s’explique par le fait que la qualité de l’alimentation observée ainsi que le budget dédié aux achats alimentaires sont plus faibles dans cette tranche d’âge.

Cette étude met en évidence de façon théorique que l’apport de modifications dans le régime alimentaire des personnes vivant en Guadeloupe et en Martinique, de façon à atteindre, sans surcoût, voire à coût réduit, les recommandations nutritionnelles, semble possible pour la plupart des individus. Ces changements consistent principalement en une hausse des consommations des fruits, légumes, féculents non raffinés et produits laitiers et en une baisse des consommations d’aliments et boissons sucrées, de céréales raffinées et de viande / poisson.

PERIGNON, M. GAZAN, R. LAMANI, V. « et col. » Which dietary shifts to improve nutritional quality while reducing diet cost in the French West Indies? Nutritional Journal, 2025, 24, 16, doi: 10.1186/s12937-024-01068-3.


[1] Les prix considérés pour l’étude sont issus de la base de données d’un supermarché basé dans les Antilles françaises (2019).

[2] Cette diminution de la quantité de poisson s’explique par le fait que, pour limiter l’exposition aux contaminants alimentaires, la quantité de poisson a été limitée, dans les modèles, à 220 g (soit 2 portions) par semaine. Or, la consommation habituelle moyenne dans les Antilles françaises est de 3 portions de produits de la mer par semaine.